Bon pour moi ce n’est pas « d’aventures en aventures, de trains en trains en trains, de villes en villes » c’est plutôt « d’élections en élections » !!! En effet mon dernier « postage » date des élections brésiliennes de 2014…. et celui-ci traitera du suffrage en cours. J’ai besoin de mettre un peu d’ordre dans mes idées, de comprendre ce qui est en train de se passer…
Nous avions donc laissé Dilma Rousseff au soir du 26 octobre 2014, alors qu’elle venait de remporter le scrutin de justesse face à Aecio Neves, du PSDB.. Je me souviens avoir fait à l’époque ce commentaire, en lien avec la puissance des lobby évangéliques et de la droite en général: « Est-ce à dire qu’il y a 20% de la population brésilienne qui est évangélique ?? On peut le craindre mais si tel était le cas, on peut penser que Dilma à déjà perdu les élections… car la droite est revancharde et ne pardonne rien… suivez son regard !!! »
A loock back
Alors d’accord, le PT (Le Parti des Travailleurs, chef de file: Lula !!) a sans doute fait d’incroyable bêtises, a commencer par acheter des soutiens au sein des parlementaires (le scandale du « Mensalao » où des sénateurs et députés passaient à la caisse tous les mois pour négocier leur soutien). Mais la politique brésilienne est ainsi faite, le système a tellement impréngé la vie politique que nul ne peut prétendre diriger sans en passer par là. Lorsque l’on connait l’avidité sans fin de ces gens-là, ainsi que leur manque total de vergogne, on ne peut pas s’étonner de les voir se retourner à la première occasion, contre leur « financeur », en l’occurence, Dilma et le PT.
Il faut bien, aussi, reconnaitre que Dilma a profité d’une conjoncture plutôt favorable, les revenus du « Pré-sal », et ses champs de pétrole incroyables découverts au large de Rio dans les années 2000, ainsi que leur rapide exploitation ensuite, a pu financer les projets d’inclusion sociale soutenus par le gouvernement, plébiscités par la population et applaudis par le monde entier. Seulement voilà, nous sommes au Brésil et au Brésil comme partout ailleurs, tout le monde veut participer au festin (à commencer par le fasciste qui carracole aujourd’hui en tête des sondages).
La deuxième erreur de Dilma et du PT fut de ne pas s’être « occupé » plus sérieusement du cas « Organisations Globo ». Et même pire, de l’avoir soutenu financièrement alors qu’elle était au bord du gouffre, au nom de la pluralité de l’information. Le PT, dans sa candeur, à réarmé le bras qui s’apprêtait à lui mettre un couteau dans le dos… Et la Globo, la plus puissante organisation télévisuelle du pays, fourbissait ses armes, attendant son heure…
Des améliorations
Car pour le peuple, en effet, tout allait beaucoup mieux !! Je ne vais pas ici, asséner des chiffres, d’autres l’ont déjà fait mieux que moi, il suffit de dire que des millions de brésiliens sont sortis de la misère, des millions de parents ont pu offrir à leurs enfants des études dignes de ce nom via le programme « Bolsa familia » qui conditionnait le versement de l’allocation à des obligations d’éducation (mais aussi par les quotas universitaires réservés aux populations les plus fragiles, noires, nordestines, indiennes ou les trois à la fois !!), se payer la maison de leur rêve grâce au programme « Minha Casa Minha vida« , et assaillir les aéroports avides d’avaler ces cohortes de nouveaux passagers tombés du ciel. C’est à ce moment-là, je pense, que la machine à commencé à s’enrayer.
La classe moyenne a vu arriver ces nouveaux voisins de sièges avec quelque peu d’irritation. « Comment, ces manants qui ne vivent que de l’aide du gouvernements et des programmes sociaux peuvent-ils ainsi prendre l’avion alors que moi, honnête citoyen, je dois me lever tôt, suer toute la journée et payer mon tribut à cet état communiste, pour voir tous ces miséreux profiteurs me prendre MES places que j’ai payé avec MON argent dans MON avion que j’ai payé avec MES impôts !!! ET mes employées de maison qui me réclament maintenant un contrat, des heures supplémentaires et un salaire décent !! Naaan mais quel toupet !!! Moi qui lui ai toujours donné mes vieux habits que je ne voulais plus, qui l’ai toujours considérée comme un membre de ma famille !! Quelle trahison !! » Il faut dire que dans l’hisoire brésilienne, l’employée de maison est un cas à part et il faut absolument lire « Casa Grande et Senzala », du sociologue Gilberto Freyre, traduit en français par « Maîtres et Esclaves », et que l’on peut toujours recommander aujourd’hui à qui veut comprendre la société brésilienne, d’où elle vient et comment elle en est arriveée là.
Mais trop d’erreurs
La caste dirigeante, quant à elle, rongeait son frein (en compagnie de la Globo citée plus haut). Toutes ces années de PT l’avaient rendue morose. Bien obligé, pourtant, de reconnaitre que le pays marchait bien, que tout le monde gagnait ses sous (et c’est un euphémisme, ils s’en sont tous mis plein les poches allégrement), et voir le Brésil accueilli au sein des plus grandes institutions mondiales et prendre sa part au grand concert des nations avait de quoi réchauffer le coeur et remplir les poches (toujours !!). Mais, car il y a un « mais », il n’en restait pas moins que ces gens-là, n’étaient après tout rien d’autre que des communistes !!! Voilà le grand mot laché !! L’aversion de la bourgeoisie brésilienne pour le communisme peut bien entendu, être comparée à l’aversion étasunienne. Toutes les deux sont viscérales. Implacables. Éternelles. 10 après la fin du Maccarthysme et ses chasses aux sorcières communistes et homosexuelles (qui vont souvent de pair !!), à peu près pour les mêmes raisons et avec le soutien à peine dissimulé du gouvernement américain, avait lieu le coup d’état militaires qui plongeait le Brésil dans ses « années de plombs » pour une bonne vingtaine d’années. J’ai posé, par le plus grand des hasards, mon pied pour la première fois sur le sol brésilen pendant la dernière année de ce régime discrètement sanglant. Et me souviens que même à ce moment-là, alors que le régime était prêt à passer la main et que le joug se faisait plus léger, même à ce moment-là donc, l’arrogance des militaires m’avait énormément surpris. À ce propos, la troisième erreur du PT, à mon sens, fut de ne pas s’attaquer à son passé, une fois la démocratie rétablie, à l’instar des ses voisins chiliens et argentins, dans le but de préserver, je cite « l’unité de la nation ». Les « Commissions de la vérité » mises en place par Dilma, elle-même victime de ce régime militaire, ont débouché sur pas grand chose, et tout a fini en eau de boudin, dossier classé en 2014. Ouf! soupirèrent en même temps les forces armées, on va nous laisser un peu tranquille, la loi d’amnistie nous protège et qu’ils aillent tous se faire foutre ces communistes du diable !! Troisème erreur !! Régler ses comptes avec son passé était pourtant nécessaire et primordial pour éviter qu’il ne fasse ce qu’il est en train de faire aujourd’hui: nous revenir en pleine face !!
Le début de la fin
2014 donc, réélection de Dilma Rousseff, toujours la même, face au champion de la droite, Aecio Neves qui a alors failli à sa mission de reprendre le pouvoir au nom des élites de la nation. « Naaaaan mais ils sont pas possible » s’écria le patronnat « ils comprennent rien ces abrutis !! Puisqu’on leur dit que ces communistes sont tous des corrompus, des voleurs qui sucent le sang de la nation !! » Cependant les choses commencent déjà à tourner mal et « a coisa tà ficando preta« , comme on dit au Brésil. Les finances sont dans le rouge, la situation économique devient précaire, en partie à cause de la chute des prix des matières premières sur les marchés mondiaux, tout l’édifice commence sa rapide dégringolade: croissance nulle puis récession, baisse des investissements (moteurs de la croissance), de la consommation (moteur de l’admiration des marchés et bonheur de la population), hausse du chômage… Bref, comme on dit dans les reportages de TF1 « à partir de là tout s’enchaîne ». Dilma se voit obligée de pratiquer des coupes franches dans ses programmes sociaux. Adieux la belle vie, plus de « bolsa familia, investissements gelés dans l’éducation, c’est le début de la periode d’austérité, le fameux virage de la rigeur, tant souhaité par les libéraux (mais jamais assez suffisant) et tant honni par les élus de gauche qui lui reprochent d’abandonner les classes populaires. À ce momment-là, au Brésil, il n’y a plus grand monde pour soutenir Dilma Rousseff. Il faut dire que malgré un folklore qui la présente en ex-guerrillera tout ce qu’il y a de plus glamour (du moins pour la gauche !!), son personnage et très austère, à la limite de l’antipathique (tout le contaire de Lula, son prédecesseur et mentor).
C’est suite à la découverte d’un formidable scandale de corruption organisée à tous les niveaux de l’état, que commencent les travaux de l’opération « Lava-jato ». La mise en coupe de l’une des plus grandes sociétés pétrolières mondiales, la Petrobras, a commencé depuis quelques années déjà, mais le scandale qui va la faire vaciller au point de voir ses actions s’écrouler, va entraîner avec lui nombre d’hommes d’affaires qui surfacturent leurs chantiers et d’élus des deux bords qui se penchent sous la table pour se servir au passge. Au début, tout le monde en prends pour son grade, ceux qui payent, les entreprises de BTP et la Petrobras, qui va y laisser sa chemise, et ceux qui touchent, les élus de gauche comme de droite. C’était la foire aux pots-de-vin et tout le monde faisait la fête. C’est quant la Lava-Jato a sonné la fin de la party que le vent a commencé à tourner. Le système des « délations récompensés » (très bien expliqué ici) fonctionnait à plein régime, les têtes tombaient tout autour de la présidente (contre laquelle on a jamais rien pu prouver, si elle a touché, elle a été bien discrète) et les enquêtes se rapprochaient de plus en plus de la cible ultime, Lula. Tout le monde se disait « mais c’est pas possible, aux postes où ils étaient, qu’ils n’aient rien touché !! ». C’est alors que commencent à fuiter sur les médias alternatifs, l’existence d’une conversation téléphonique enregistrée où il est question d’un « grand accord national, avec le Tribunal Suprême Fédéral, et même des généraux de l’armée comme garantie », pour remplacer Dilma Rousseff. Le rouleau compresseur de l’impeachment est lancé… et ne s’arrêtera qu’avec sa destituion durant l’été 2016. La cacophonie des « délations récompensées », des enregistrements téléphoniques plus ou moins légaux (mais tout de même « balancés » sur les réseaux sociaux) devient telle qu’il est difficile de se faire une opinon. Cette cacophonie atteindra son paroxysme le jour du vote à l’assemblée pour ou contre la destitution de Dilma Rousseff qui donna lieu à une séance mémorablement tragi-comique où les députés qui votaient oui, le faisait en dédiant leur vote à la famille brésilienne, à la démocratie, à Dieu et à tous ses saints. Jair Bosonaro est même allé ce jour-là, jusqu’à dédier le sien au Colonel Carlos Alberto Brilhante Ustra, célèbre tortionnaire de la junte militaire au pouvoir à l’époque, chef de la police secrète, l’équivalent de la gestapo, qui avait vu passer entre ses mains la présidente du Brésil, alors jeune guerrillera luttant contre l’oppression. Ceux qui savaient ont frémi à ce moment-là. Les autres, ont regardé tout cela avec amusement. Les télévisions étrangères, ont alors fait connaissance avec le personnage de Bolsonaro et s’en sont bien amusé, commentant avec ironie la cacophonie en laissant entendre avec une certaine condesendance que « de toute façon le Brésil n’est pas un pays sérieux ». Point final on passe à autre chose.
Mais non. Car ce n’était que la première partie du plan. Une fois la présidente bel et bien destituée sous un prétexte fallacieux (qu’on avait appelé au Brésil: « pédalades fiscales », genres d’arrangements très communs pratiqués par tous les prédécesseurs et qui consiste à jongler avec les budget de l’état pour les faire passer sur l’année suivante afin qu’ils n’apparaissent pas sur l’année en cours), on pouvait dès à présent, se tourner vers la cible principale: Lula. L’opération Lava-Jato a alors pris une toute autre allure. Doté des pouvoirs décuplés que lui avait accordés Dilma Rousseff elle-même, au nom de la transparence, le pouvoir judiciaire a laché ses fauves et les juges se sont déchaînés. On pense aujourd’hui que c’est à ce moment-là que l’hydre s’est révéillée, que la peste noire s’est sentie libre de refaire surface. La parole a commencé à se libérer. Si les juges peuvent condamner sans preuves, si l’on peut envoyer quelqu’un en prison juste sur les bases de « conviction profondes », alors… tout le monde peut dire n’importe quoi !! Ce furent deux années de courses contre la montre, d’obstination aveugle et de « délations récompensées » pour mettre Lula (qui caracolait en tête des sondages en vue des élections de 2018, celles qui se déroulent actuellement) hors d’état de nuire une bonne fois pour toute. Ce ne fût pas faute de tentatives désespérées pour éviter le pire, les avocats de Lula multipliaient des appels à chaque fois rejetés par l’instance ultime, le juge Moro, de la cour suprêmen surnommé « judge morow », sur les les réseaux. À plusieurs reprises, les appels ont failli payer, Lula était presque sorti d’affaire… quand « judge morow » arrivait in extremis (revenant de vacances en catastrophe) pour dire « Non! ». ET dire que cet énorme pouvoir lui avait été donné par Dilma Rousseff !!
Loin de vouloir totalement discréditer le personnage de Lula, il faut tout de même avouer que cette histoire de duplex est « très mal racontée », comme on dit au Brésil. Rien, aucune preuve pour étayer l’accusation, juste des « convictions profondes »… pour un appartement pas si luxueux que ça !! Lorsque l’on connait les « dossiers » des autres mis en accusations dans le procès Lava-Jato, cet appartement prête à sourire !! Mais bon, dans la tête des gens, Lula est communiste, donc il n’a aucun goût, c’est normal !! Là où ça commence à faire mal, c’est que certains ont été reconnus coupable (preuve à l’appui donc) et continuent à batifoler gaiement dans la nature et à se présenter aux élections (pour de bien piètres résultats heureusement). Mais tout le monde à déjà compris qu’en ce qui concerne Lula, il n’y a aucun échapatoire possible, sinon tout cela, tout ce plan patiemment mis en place n’aura servi à rien.
Et vint le premier tour
Ainsi donc, à la veille du début de la campagne, Lula détenteur d’un score de plus de 40% dans les sondages d’intentions de vote est incarcéré. Grosse mise en scène des télévisions, traitement spéciale sirène hurlante et tout le tralala. Le PT entretient bien encore l’espoir de le faire sortir de prison, mais personne n’y croit plus. Les journaux du monde entier se lamentent sur la fin peu glorieuse de celui qu’ils encensaient encore il y a peu, mais rentre dans le moule imposé par la Globo et reconnaissent de manière presque unanime la culpabilité de l’ex-président. Ça aussi ça a fait mal. Mais bon, passons. Le journalisme en 2018 est ainsi fait que rien n’est remis en question, on accepte le travail prémaché par la presse liguée contre l’accusé et pour tout le monde, donc, Lula est coupable puisqu’il est incarcéré. Ce qui me permet de dire au passage que je ne crois plus rien de ce que disent les « envoyés » spéciaux » de par le monde parce que si ils ont raconté autant de conneries sur un dossier que je connais bien pour l’avoir suivie de près, je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas la même chose pour les dossiers que je ne connais pas (exemple, suivez mon regard, le Vénézuela !!).
On peut alors commencer à « travailler ». Le chemin est dégagé. la parole peut se libérer. Le flou qui imprègne l’issue de ce suffrage commence à peser. Bolsonaro est encore à 5%. Les mêmes 5% que d’habitude. La candidature de Haddad, le remplaçant de Lula, que le PT, par stratégie, à tarder à annoncer, peine à décoller. Tout le monde a ses chances, y compris Ciro Gomes, ex-ministre de Lula, ex-gouverneur du Céarà. Et même Alckmin, le champion de la droite modérée, en d’autres mots, de la finance, de la droite revancharde et de la haute société, celle qui tient les rênes du pouvoir depuis le début de l’histoire brésilienne. Quelques incidents émaillent la campagne, des tirs sur la caravane de Lula/Haddad, jusqu’au coup de poignard. Et « à partir de là, tout s’enchaîne », selon les bons vieux poncifs de notre journalisme télévisuel, les candidatures de droites dites modérées ne décollent pas, au grand désespoir des articulateurs du coup d’état institutionnel auquel on a assisté avec Dilma Rousseff, celle de Haddad bien que partie tard, semble déjà s’essoufler… le champs est libre pour Bolsonaro et ses sbires. Il semble qu’il n’y ait plus que lui, et déjà les grands médias et les marchés se font une raison: le soutenir du bout des lèvres mais la gangrène est si sévère que point n’est besoin de soutien. Il est à l’hôpital, en train de se faire soigner et a déjà compris une chose: moins il parlera… plus il accumulera des voix !!
La haine du PT est si grande et le mauvais fond jusqu’à là refoulé de la Casa Grande si longtemps contenu qu’il peut aujourd’hui s’en donner à coeur-joie et s’exprimer au grand jour sans crainte de choquer car plus il choque et plus sa victoire se fait inéluctable. Jusqu’à choisir un slogan qui est tout sauf anodin: Brasil acima de tudo !!
Ce qui donne en bon allemand de 1938: Brasil ubber alles !!
Comme dirait l’autre « les cons ça ose tout, et c’est même à ça qu’on les reconnait ». Le problème ici, c’est que les cons dont on parle sont plus que dangereux, ils sont nuisibles !