Par Antonio Martins – 27/10/2010

Traduit par JuanStD – 04/11/2010

Dans un cas d’anthologie partisane, la Folha et le Journal National ont soigneusement trié les dénonciations liées à la violation du secret fiscal. Ils ont mis en avant ce qui avantageait Serra et ont caché ce qui le compromettait.

Mon Dieu, le JN (Le Journal National, l’équivalent de « notre » 20h de TF1) a accès à ça http://bit.ly/cVNb0M et fait cet article sur des fuites dans les secrets fiscaux. Dans l’après-midi de vendredi (22/10), le journaliste Luis Nassif a tenu à faire suivre un message qu’il avait reçu de LuizKK, un internaute. Peu de temps auparavant, les sites des journaux de São Paulo avaient rendu disponibles, sans tambour ni trompette, la totalité de ce qu’ils avaient exploité pendant plusieurs jours, dans leurs éditions précédentes: le témoignage à la police fédérale (PF), une semaine avant (15/10), du journaliste Amaury Ribeiro.

La stupeur de LuizKK et Nassif était justifié. Amaury est le personnage central d’un thème qui a accompagné (et a influencé) toute la bataille électorale: la rupture de la règle du secret fiscal en ce qui concerne Veronica Serra, fille du candidat du PSDB, et quelques autres représentants du parti. L’apparition de ce document prouva quelque chose qu’ils soupçonnaient déjà: la partialité des médias traditionnels et dominants, qui attribuaient, avec insistance, les fuites à la direction de campagne de Dilma. Mais elle a aussi révélé quelque chose de nouveau. Dans la « semaine où les élites brésiliennes ont perdu le nord » (lire le texte d’ouverture de la série), deux médias – la Folha de S. Paulo et le Jornal Nacional (le JN, dans le message de  LuizKK) – ils portèrent cette partialité à un point extrême,  qui fera sans doute un jour, l’objet d’études dans les écoles de communication.

Dans une violation manifeste de leur engagement avec les lecteurs, ils firent un tri on ne peut plus partial dans le témoignage partisan d’Amaury. Les éléments qui pouvaient compromettre Dilma furent annoncés en fanfare, «méritants» lors de quatre éditions de la Folha (du 20 au 23/10) le statut de sujet principal de la journée (dont trois Unes). Pendant ce temps, ils dissimulaient les affirmations du journaliste qui accusait Serra par deux fois. D’abord pour le processus de privatisation du gouvernement Fernando Henrique Cardoso, au cours duquel les membres du PSDB – et Veronica Serra – furent impliqués dans des affaires de corruption et / ou de blanchiment d’argent. Ensuite, pour la lutte fratricide à laquelle les tucanos (membre du PSDB) se livrèrent,  entre les deux factions (Serra et Aecio Neves), pour le choix du candidat à la présidentielle, allant jusqu’à envisager la préparation de dossiers sur les crimes commis par le groupe adverse.

* * *

Pour dénouer l’imbroglio créé par la couverture médiatique, et le comprendre, il faut remonter à la dernière semaine du mois d’août. Un contrôle de la Receita Fédéral (la Direction Générale des Impôts) constata alors, que le 8 Octobre 2009, des fonctionnaires de la Receita Fédéral de l’ABC Paulista avaient consulté les déclarations de revenus de quatre membres du PSDB, l’ancien directeur de la Banque du Brésil (du gouvernement Cardoso) et trésorier du parti, Ricardo Sergio de Oliveira, l’ancien ministre des communications de Cardoso, Luiz Carlos Mendonça de Barros, le vice-président du parti, Eduardo Jorge et le chef d’entreprise, Gregory Preciado Marin, mariée à une cousine de José Serra. Quelques jours plus tard, il arrivait  la même chose avec le dossier de Véronica Serra, fille du candidat à la présidentielle.

Le sujet domina dans les médias pendant au moins quinze jours. Il fut mis en évidence dans les titres suivis par Veja, O Globo, la Folha et l’Estado, en plus du JN. L’accès non autorisé aux renseignements fiscaux de millions de contribuables n’est pas rare. De nombreux articles, dans les journaux et les télévisions, ont déjà mentionnée la vente massive de CD contenants de telles informations, en des endroits comme la Rue Santa Iphigénia à Sao Paulo. Toutefois, le fait a été traité comme de l’espionnage politique, lorsque les cinq tucanos ont été impliqués.

On a alors insinué que la fuite avait été possible grâce à la demande d’un « service d’espionnage » de la direction de campagne de Dilma, qui devait préparer un «dossier» sur les tucanos. Veja parla d’un « affaiblissement des institutions» dans un texte intitulé «l’État au service du Parti », édition dont la couverture portait l’image d’une pieuvre attaquant, avec ses tentacules, le blason de la République. Un éditorial paru dans l’Estado attribua  la responsabilité de l’incident à Lula. La présence de Veronica ajouta un élément sentimental à l’affaire: la machine de l’administration publique, pour les adversaires de Serra, allait jusqu’au point d’harceler la famille du candidat …

* * *

La police fédérale ouvrit une enquête pour tirer l’affaire au clair. Elle entendit 37 personnes. Bien que l’investigation soit exécutée à huis-clos, Eduardo Jorge – un de ceux qui avait vu ses données fiscales passées au peigne fin – en vertu de sa condition de partie prenante, a demandé, par injonction préliminaire, l’accès au dossier. C’est la source probable de la reprise du sujet par les médias. À partir du 20 Octobre, la Folha et le Journal National, appuyés par les autres journaux et Veja, traitèrent, encore une fois, la violation du secret fiscal comme une question d’importance nationale.

Selon les médias, le journaliste Amaury Ribeiro est ciblée dans l’enquête de la PF comme le pivot de la fuite des renseignements fiscaux sur les tucanos. Amaury est un journaliste expérimenté, qui est passé par tous les grands journaux du pays et s’est vu distingué à trois reprise du prix Esso et quatre du prix Vladimir Herzog. Il nie avoir commandé aux fonctionnaires de la Receita Fédéral la consultation des déclarations de revenus des tucanos. Il admet toutefois qu’il rassemble un «dossier» sur le thème.

Pourtant, ayant eu accès à son témoignage à la PF, la Folha et le Journal National ont recueilli des preuves qui réfutent, dans son intégralité, la subordination du travail d’Amaury Ribeiro à la PT ou la direction de campagne de  Dilma. Le journaliste récompensé, qui prépare un livre sur la privatisation, rapporte, entre autres, ce qui suit:

1. Son enquête a commencé au début de la dernière décennie, quand il est passé de la succursal Paulista du journal O Globo à la rédaction du Jornal do Brésil – et s’est intéressé à la participation de Ricardo Sérgio au processus de privatisation.

2. A cette époque, il a eu accès à une première déclaration de revenus de Ricardo Sergio (sur 1998), par des moyens totalement légaux. Le document comprenait un procès intenté par Rhodia au Brésil à Calfat, entreprise détenue par Ricardo Sergio.

3. En persistant dans l’enquête, il a découvert, en 2003 – dans les documents publics obtenus par la CPI (Commission Publique d’Investigations) de Banestado – que Ricardo Sergio manipulait «des millions de dollars» par an. Il utilisait pour cela, des réseaux de change (Dollars) du marché noir, et il opérait aussi dans des paradis fiscaux.

4. Il a même publié, comme en 2003 ( Isto é), plusieurs articles sur ces mouvements d’argent. Il a été attaqué en justice par Ricardo Sérgio. Il s’est servi du droit « d’exception de vérité »- qui garantit aux accusés le droit de pratiquer la calomnie pour démontrer que ses allégations sont vraies. Ce faisant, il peut exiger de la CPI de Banestado, de nouveaux documents sur le transfert d’argent à l’étranger fait par son adversaire.

5. Le matériel reçu lui a permis de vérifier que Gregory Preciado Marin (le mari de la cousine de José Serra), et d’autres d’une certaine façon liés au processus de privatisation du gouvernement Cardoso, avaient également opérer de grands mouvements de fonds à l’étranger.

6. A partir de 2007, il a travaillé à l’Estado de Minas et au Correio Brasiliense (tous deux appartenant au groupe Diarios Associados/ Associated Newspapers). A cette époque, il a découvert qu’un groupe d’espionnage clandestin surveillait le gouverneur Aécio Neves, à la demande de José Serra.

7. Ses sources dans la « communauté du renseignement » ont constaté que ce groupe dirigé par le délégué de la Police Fédérale et le député Marcelo Itagiba (PSDB-RJ) travaillait pour José Serra – qui disputait alors avec Aecio la nomination comme candidat à la présidence de leur parti.

8. En apurant les activités de ce groupe, il a découvert que Veronica Serra et son mari possédaient des sociétés opérant dans des paradis fiscaux. Utilisées pour blanchir de l’argent, elles partageaient un bureau dans les îles Vierges, avec des entreprises appartenant à Ricardo Sergio.

9. Il a conclus, de la somme des informations recueillies, que Ricardo Sergio, directeur de la Banque du Brésil, avait participé à l’articulation de consortiums privés qui ont pris le contrôle de la Telebrás. Et, en tant que trésorier du PSDB avait exigé des dessous de tables et avait exécuté depuis sa base dans les îles Vierges, l’importation illégale de valeurs au Brésil.

Rien ne garantit que cet ensemble de déclarations soient vraies. Il est pourtant sûr, cependant, qu’elles sont d’une pertinence et d’une gravité immense. Ayant accès à de tels documents confidentiels, la Folha, le JN et les publications qui ont suivi l’ont caché à leurs lecteurs. Ils n’avaient pas l’intention d’enquêter et d’informer. Ils voulaient juste prouver une hypothèse préconçues – que la rupture du secret fiscal démontrait la pratique, par le PT, de l’espionnage et de l’appareillage de l’état. Par conséquent, ils ont mis en évidence dans le témoignage d’Amaury Ribeiro un autre ensemble d’informations, à savoir:

10. Éloigné de l’Estado de Minas en fonction de la maladie et de la mort de son père, le journaliste a été sondé en avril 2010, par la société Lanza comunicações , qui dirigeait à l’époque la communication de la pré-campagne de Dilma. En connaissant ses relations avec la « communauté du renseignement », les responsables de l’entreprise ont demandé l’indication d’un professionnel capable d’enquêter sur des suspicions d’espionnage dans « La Maison du Lac Sud, » utilisées pour rendre des ervices à la candidature.

11. Onézimo Grace, un professionnel nommé par Amaury, a présenté un budget (180,000 Réaux), considéré comme très élevé. Amaury a lui-même exclu de travailler pour Dilma, devant le risque de « infiltration » d’espions.

12. Pendant les jours où il était en contact avec la direction de campagne du PT , Amaury a séjourné dans l’ apart-hôtel de « Jorge », le gérant de la « maison du lac Sud. » Pendant cette période, le contenu de ses enquêtes sur la corruption et le blanchiment d’argent liés à la privatisation de l’ère Cardoso a été copié à partir de son ordinateur portable, par Rui Falcao, qui fait partie de la campagne de Dilma. Impliqués dans une dispute interne avec Lanza, Falcao a remis le matériel au journaliste Policarpo Junior, de Veja.

Tout en dissimulant, dans son intégralité, le premier groupe d’informations, le Journal National et la Folha ont donné au second, la plus importante place. Durant les années 1990, la Folha était fière d’un slogan: «Compromis avec le lecteur » …


Cet article est la troisième partie du Dossier GloboGate. Dans la même série:

1. La semaine où les élites perdirent le nord
Comme les anciens médias manipulés images et les faits, pour tenter de forcer la victoire de Serra. Le rôle de la blogosphère dans le démontage de la farce et la nécessité d’une démocratisation radicale des communications

2. La bataille de Campo Grande
Produire un incident grave et l’attribuer à l’adversaire, est un moyen de transformer une élection presque perdu. Sierra et le Globe semblent avoir essayé cette stratégie le 20 Octobre. Ils ont été battus par des millions d’utilisateurs d’Internet – et Twitter

Par Antonio Martins – 26/10/2010

Traduit par JuanStD – 31/10/2010

Mettre en scène un incident grave et l’attribuer à l’adversaire, est un moyen de transformer une élection quasiment perdue. Serra et la Globo semblent avoir tenter cette stratégie le 20 Octobre. Ils ont été mis en déroute par des millions d’utilisateurs d’Internet – et de Twitter

Vers minuit, le jeudi (21/10), le professeur José Antonio da Rocha Meira fut interpellé par la conversation de son petit doigt. Trois heures plus tôt, il avait assisté au Journal National (le 20h local), et « presque »  été convaincu par les explications de  « l’expert » Ricardo Molina. Bien sûr, il y avait exagération et mise en scène: il n’est pas courant de faire un scanner du cerveau après avoir reçu un rouleau de scotch sur le front. Mais les images semblaient montrer que José Serra avait effectivement été atteint par un objet un peu plus lourd qu’une boule de papier.

En complément de ses cours de journalisme graphique, sur le campus de Frederico Westfalen , de l’Université Fédérale de Santa Maria, José Antonio a l’habitude de discuter avec les élèves, du traitement des images sur Internet ou à la télévision. Il a installé sur son ordinateur, une carte de capture vidéo pour 120 Réaux. Il utilise le programme Avidemux (Ubuntu-Linux) pour analyser image par image, tout ce qu’il regarder.

Quelque chose a alors attiré l’attention de José Antonio dans l’analyse des images de la Globo. Le présumé rouleau surgissait de nulle part. Il n’apparaissait pas, ni avant ni après avoir touché la tête de Serra. L’enseignant compara alors ces images, avec celles des scènes de la boule de papier. Sur celles-ci,  il y avait une certaine trajectoire, un avant et un après – même si l’objet surgit, naturellement déformé, comme une traînée de lumière.

Le professeur José Antonio trouve risible le passage dans lequel «l’expert» Ricardo Molina assure, dans son rapport de 23h09 du 22/10, que Serra a été atteint par un objet réel, rejetant ainsi toute fusion d’images. « Molina, un spécialiste de l’audio, ne devrait pas s’aventurer dans l’analyse vidéo. En faisant valoir que «l’objet» qui apparaît sur la tête de Serra n’est pas illusoire, puisqu’il a des formes bien définies, il renforce l’hypothèse inverse. La principale caractéristique de l’effet d’artefact réside dans la distorsion. Des images filmées en basses résolutions (en l’occurrence, ici, avec un téléphone portable) montrent, lorsqu’elles sont comprimées, l’apparence des objets sous des formes géométriques exagérées . Voir le résultat comme une preuve est une erreur grossière ».

Préoccupé par un rouleau qui se matérialisait dans une unique séquence, sans existence préalable ou postérieure, José Antonio décida d’écrire un message à ses étudiants ainsi qu’aux listes des forums d’abonnés spécialisées en journalisme: l’un à l’Université du Texas (suivie par des dizaines de journalistes en provenance du Brésil), un autre pour la démocratisation de la communication. Plus il écrivait, plus il était galvanisé. En fin de compte, il choisit de publier l’analyse aussi sur son blog. Il est allé se coucher à trois heures, le vendredi (22/10). Au réveil, à onze heures, le blog était injoignable en raison d’un excès de trafic … La découverte de la dissimulation du  Journal national, le jeudi le fait le plus décisif dans la bataille que les anciens et les nouveaux médias se sont livrés pendant 48 heures et en deux rounds – commençait à gagner la blogosphère.

* * *

Le différend a commencé dans l’après-midi de mercredi. En décidant d’aller sur  la promenade de São Cristóvão, José Serra contraria toutes les stratégies raisonnables pour la campagne d’un candidat de second tour. Au moins pour une campagne normale qui a pour but de: convaincre, dialoguer avec les leaders d’opinion et générer des émotions positives, capable de se convertir en voix.

À Rio de Janeiro, Serra avait obtenu son cinquième pire résultat du premier tour: seulement 22,5% des voix1. Parmi les centaines de circonscriptions de Rio, les sept qui concernent les électeurs de Campo Grande2 sont parmi les moins favorables au tucano (surnom des affiliés au PSDB). Ici, il tombe en moyenne à 18%. Il arrive toujours derrière Dilma et Marina, atteignant 15,9% dans le 246ème district – où à peu de voix près il n’a pas fait moins que les votes blancs ou nuls (12,3%).

Enfin, dans la totalité du district de Campo Grande (le troisième zone de Rio, en ordre de grandeur), le quartier est peut-être le secteur le plus défavorable au candidat. Composé de trois rues, très étroites et très courtes, où les commerces populaires voire ambulants, dominent (voir photos et vue de la rue, sur Google). À dix jours du second tour, et une dizaine de millions de voix derrière son adversaire, combien de voix serait-il  en mesure de récupérer ici?

Des Millions – au cas où un fait politique puisse être capable de provoquer un tollé national. À cinq minutes de là3, est situé le siège de SintSaúde, le syndicat des «tueurs de moustiques», les agents de la Fondation Nationale pour la Santé, en charge d’une partie de la lutte contre la dengue. Parmi les milliers de catégories d’emplois dans lesquelles se divisent les travailleurs brésiliens, elle est probablement celle qui redoute le plus José Serra. Dans le sillage de « l’ajustement budgétaire» detreminé par Fernando Henrique Cardoso en 1999, il a licencié 6.000 de ces travailleurs d’un coup d’un seul – un acte considéré par beaucoup comme la cause de la propagation de l’épidémie dans la période qui a suivi. La plupart ont été réadmis par Lula, des années plus tard.

Il était évident que la présence de Serra serait ressentie, aux yeux des «tueurs de moustiques », comme une provocation. Dans l’après-midi du mercredi, un nombre important d’entre eux prépara  des banderoles à la hâte, et se dirigea vers la promenade dans le but de contrer le candidat. Ils le firent pacifiquement. Pourtant, ils furent agressés par le service d’ordre du candidat et le ton monta, ce qui permit aux médias de faire des photos et des vidéos du tumulte.

Mais même comme ça, aucune image n’est en mesure à ce jour de justifier les deux scènes dans lesquelles Serra se prend la tête avec les mains – dans l’une, et exhibant une expression de douleur; dans l’autre, immédiatement après un coup de téléphone. C’est autour de ces photos et vidéos qu’ont tourné les deux étapes du litige.

* * *

La première va de mercredi après-midi jusqu’au jeudi soir. Vers 15h, le site G1, de la Globo «informe» que José Serra aurait été «frappé à la tête », après le tumulte causé par des «militants PT » à Campo Grande. Un film accompagne le récit, mais ne suggère pas grand chose de sérieux. Le candidat semble serein dans toutes les scènes. Dans la dernière, celle où il quitte l’endroit, il salue la foule et sourit.

Ensuite, il se produit une chose curieuse. La Globo ne met pas en avant, sur son site, la vidéo qu’elle-même a produit. Elle est remplacée par une image fixe, sur laquelle Serra se penche, se prend la tête à deux mains et est entouré par des gens qui crient. La nouvelle gagne alors en dramaticité. Le candidat passe un scanner et un oncologue (!) lié au PSDB et au DEM4, lui prescrit 24 heures de repos.

Le journaliste Paulo Henrique Amorim réagit presque instantanément sur son blog. percevant une grande exagération dans la couverture accordée à l’incident, il compare José Serra à Roberto Rojas, le gardien chilien qui, en 1989, prétendait avoir été touché par une roquette dans un match contre le Brésil. Commence alors, avec cette formule, la première grande vague de résistance à la manipulation. Son principal canal est Twitter, où chaque message peut être associé à une balise (tag). Il devient ainsi  possible de suivre ce que des millions de gens écrivent sur le même sujet.

En quelques heures, la balise # serrarojas se propage. Le courant entraîne des milliers de personnes vers le journalisme d’investigation – un phénomène beaucoup plus puissant que le vieux  » effort de reportage » des grands journaux nationaux.  À l’occasion de cette recherche,  la vidéo du TAS sur la désormais fameuse promenade est découverte.

La nouvelle déclenche une catharsis. On dirait qu’est mis à nu, de manière pathétique, un comportement burlesque, présent tout au long de la campagne de Serra. « Aujourd’hui nous avons appris que, lorsque l’on est frappé par une boule de papier, on doit passer un scanner, dit un message tout en ironie subtile, sur Twitter. Des centaines d’autres se moquent du fait que le candidat exprime sa douleur vingt minutes après le choc avec la feuille de papier A4 froissé – et aussitôt après avoir reçu un appel téléphonique.

Lula, qui mercredi avait été sur le point d’appeler José Serra, afin de lui exprimer toute sa solidarité envers l ‘ »agression » qu’il avait souffert, a vite fait volte-face. Le jeudi matin, lors de l’inauguration du centre naval de Rio Grande do Sul, il fit une déclaration qui allait changer le cours de la campagne en forçant Serra à l’attaquer directement. «Le mensonge  produit hier par l’équipe de publicité du candidat José Serra est une chose honteuse. La journée d’hier, devrait être connue comme le jour du premier avril. (…) J’espère que le candidat aura une minute de bon sens et  présentera des excuses au peuple brésilien pour ce mensonge si flagrant  »

Entre la matinée et l’après-midi du jeudi # serrarojas, est devenu l’un des trending topics (les sujets les plus vus à travers le monde), un phénomène aussi impressionnant que celui de « Tais-toi, Galvão » – qui finit par mériter, en pleine coupe du monde, la couverture de VejaCependant, dans le même temps, une réaction a commencé. Face au ridicule qui a suivi la révélation qu’une boule de papier avait « frappé », José Serra,  – 24 heures après l’incident du Campo Grande – une «nouvelle» vidéo est apparue. Filmée par le journaliste italo Nogueira, avec un téléphone portable, de très mauvaise qualité. Sa première apparition fut sur le site de la Folha de S. Paulo, l’après-midi du jeudi. Bien qu’elle ait pris l’initiative de la promouvoir, la rédaction du journal à Rio n’aurait jamais imaginé que le Globo la sortirait (lire la colonne de Janio de Freitas à ce propos).

La nuit venue, quelques heures après leur diffusion, les nouvelles images gagnaient le pays à travers le Journal National. C’était une espèce de revanche: et c’est pour cette raison qu’elles devaient être traités comme une vérité absolue. Elles ont occupé sept minutes du journal – temps accordé, dans des conditions normales, aux événements nationaux ou internationaux majeurs. Raillées par des millions d’utilisateurs de Twitter, et par Lula lui-même. L’image dramatique, sur laquelle Serra se prend la tête dans les mains, était ressortie des tiroirs. « Ils expliquaient » que, en plus de la boule de papier, le candidat avait été touché par un autre objet, « plus consistant ». Ils contre-attaquaient  avec le soutien présumé de « l’expert » Ricardo Molina – un «expert» aux ordres de la Globo, dont le curriculum vitae comprend les tentatives de blâmer le MST pour le massacre de Eldorado dos Carajas, de «démontrer» que PC Farias s’est suicidé, et d’exonérer le couple Nardoni de la mort de la petite Isabela.

Ils avaient le pouvoir de la Rede Globo: son public, sa capacité à répandre immédiatement l’information et celle d’influencer d’autres médias. Tout indique qu’ils auraient provoqué un typhon. En particulier, parce qu’ils auraient sans doute détruit les deux piliers essentiels de la candidature de Dilma: la mobilisation sociale et le soutien du président le plus populaire de l’histoire. Dans d’autres circonstances, cela aurait permis à la chaine d’exercer le même rôle qu’elle avait joué dans les élections de 1989 – et qu’elle a encore essayé de tenir en 2006.

Cette fois-ci, ça a été différent. Le professeur José Antonio Rocha Meira fut le premier à contester le Journal National et son « expert ». Dès les premières heures de vendredi matin, Twitter a fait une publicité intense et rapide pour ses efforts. En quelques heures, un nouveau phénomène a vu le jour sur Internet, plus cohérent que le précédent.
Désormais, le « tag » #globomente (# lagloboment) remplaçait #serrarojas. Il ne s’agissait alors plus de dédain envers la tentative de mystification d’un candidat  – mais bien une protestation claire contre une preuve évidente de manipulation médiatique, pratiquée par la plus grande chaine du Brésil.

L’analyse de Rocha Meira a été effectuée avec un équipement d’amateur au cours des dernières heures de veille après une journée de travail. Mais Twitter a lancé une nouvelle vague d’effort collectif. Sur le piste tracée par l’enseignant, mais disposant de plus de temps, d’autres auteurs d’analyses ont clairement mis en évidence des signes supplémentaires de fraude sur l’image. Vice-président du groupe Tortura Nunca Mais (La torture, plus jamais ça), l’avocat Marcelo Zelic a posté sur YouTube une analyse intitulée « La farce en 6 parties  » Dans ce document, en plus de souligner le manque de trajectoire visible du « rouleau de scotch » dans la vidéo diffusée par la Globo, il montre les premiers signes de l’effet de distorsion lors de la fusion des images. Contrairement à ce qui se passe lorsqu’il est frappé par la boule de papier, Serra est resté complètement impassible sous le choc de ce que Molina avait appelé la veille, un objet « plus grand et plus consistant. » De plus, les scènes du « rouleau de scotch » avaient été fusionnées avec l’image dans laquelle le candidat se prend la tête dans les mains en signe de douleur. Il y avait eu une interruption de vingt minutes entre les deux moments. Les joindre comme s’ils faisaient partie de la même séquence, était un signe évident de mauvaise foi.

Mais l’analyse dans laquelle les signes de falsification sont plus les cohérents – et les plus utiles pour une future investigation – est probablement celle du »Bolinhagate« , également publiée sur YouTube par le cinéaste Daniel Florencio. Grâce à son expérience dans le traitement de l’image, Florencio démontre clairement deux faits éloquents. Le rouleau de ruban adhésif censé avoir « atteint » le candidat est, en fait, une distorsion de la tête d’un des coreligionnaires  qui est juste derrière Serra. Il est impassible tout simplement parce qu’il ne peut pas sentir un impact qui n’existe pas. La vidéo a été fusionnée avec une autre scène (Florencio pointe le moment précis de la fusion, mettant en évidence les objets qui apparaissent et disparaissent dans chaque extrait), pour donner l’impression fausse que, après avoir reçu un « coup », Serra se prend la tête dans les mains.

La prolifération des preuves de fraude, pointées avec chaque fois  plus de détails, produit un phénomène nouveau sur Twitter. Le vendredi (22/10) après-midi, le « tag » # globomente figure parmi les trois les plus fréquemment mentionnés dans le monde entier. La Globo a été mise K.O. au deuxième round. Le sujet disparaît complètement du Journal National, ce jour-là et au cours de tous les suivants. A 23h09, avec la note de «l’expert» Molina, le tentative d’étouffer l’affaire

À la fin de la nuit de vendredi, le journaliste Paulo Cesar Rosa, directeur de Veraz communication, à Porto Alegre, poste, via Twitter, une hypothèse troublante: «Si nous ne nous trompons pas, Serra est sorti de son interview de la veille à la Globo, avec le script de la boule dans la poche… Mais deux autres analyses – postées par Arcosta, sur YouTube, donnent de la force à cette possibilité dramatique. Ils (1 2) ont recueilli des preuves que la fameuse boule de papier qui a frappé Serra n’a pas été lancée par un « militant du PT »,  comme la Globo s’est fait un devoir de répandre le bruit dès le début – mais par un garde du corps du propre candidat du PSDB …

1Serra a obtenu 40,5% à São Paulo, 35,4% dans l’Espirito Santo et de 30,7% dans le Minas Gerais.

2120 e, 122 e, 242 e, 243 e, 244 e, 245 e et 246 e

334, Rue Maua

4Jacob Klingerman a été directeur général de l’Institut national du cancer, pendant la gestion de José Serra, ministre de la Santé et  secrétaire de la santé du maire de Rio, Cesar Maia.

(Cet article est le second d’une série de trois, constituants le Dossier GloboGate)

Par Antonio Martins – 26/10/2010
 

Traduit par JuanStD – 30/10/2010

 

Comment les vieux médias (issus de la dictature: la chaine de télévision Rede Globo, le journal Folha de São Paulo, le magazine Véja, en sont quelques-uns des meilleurs exemples) ont manipulé faits et images, dans une ultime tentative de favoriser la victoire de José Serra. Le rôle de la blogosphère dans le démontage de la farce et la nécessité d’une démocratisation radicale des télé-communications au Brésil.

Il reste aujourd’hui bien peu de doutes: tout indique que la vidéo d’une supposée « seconde agression » (Suite à la fameuse boule de papier, il aurait, dans un deuxième temps, reçu sur la tête un rouleau de scotch !!) sur José Serra dans le quartier carioca de Campo Grande (20/10) fut tout aussi manipulée par la Rede Globo. Dénoncée mondialement sur Twitter, vendredi (22/10), suite à l’apparition d’analyses démontrant la fusion falsificatrices des images (la chaine aurait « truqué » les images en fondant deux histoires différentes dans deux endroits différents, à deux moments différents), elle n’a pas cherché à se défendre, au cours des différentes éditions du Journal National qui ont suivies. La veille, son studio de  rédaction paulista fut le lieu d’une scène insolite. Ses propres journalistes sifflèrent « l’édition » des scènes où le candidat du PSDB est atteint par un rouleau de scotch, qui sort de nulle part. (voir le résumé de Rodrigo Vianna et ce lien, du Monde, en français, donc). Dans la nuit qui précéda les dénonciations de fraudes  (23h09 du 22/10), le site de la Globo mis discrètement en ligne une  note de “l’expert” Ricardo Molina. Redigée après que les signes de la fusion frauduleuse des images soit devenues évidentes, le texte a essentiellement pour but d’exempter la chaine de futures investigations sur la falsification. Molina prétend avoir analysé du matériel « trouvé sur internet » (voir l’analyse de CDM, sur le blog de Nassif).

À mesure que se consolide une première certitude, on commence à en percevoir une seconde. La probable manipulation d’images ne fut pas un fait isolé. Elle s’ajoute à un autre sujet qui a fait la Une des journaux télévisés dans les vieux médias cette semaine. Les témoignages du journaliste Amaury Ribeiro, entendu par la Police Fédérale dans le cadre de l’enquête sur la dérogation à la règle du secret fiscal en ce qui concerne Verônica Serra ainsi que d’autres chef de file du PSDB, ont fui dans la presse. Le procès est portant mené à huis-clos. Pourtant, parce qu’ils sont parties prenantes, les avocats de Eduardo Jorge Caldas, ex-trésorier de campagne du parti, ont rédigé une requête en injonction, pour avoir accès aux pièces. Et voilà la source de l’incroyable séquence d’articles publiés à partir du 22/10, à la fois par la Folha de S.Paulo et par le Jornal Nacional.

Dans ce cas, il ne s’agit pas, comme on le verra dans le troisième texte de la série, de manipulation d’images – mais de substitution explicite du journalisme au pamphlet partisan. Grâce à cet accès exclusif au témoignage d’Amaury Ribeiro, la Folha et le JN ont dissimulé à leurs lecteurs toute une série d’informations surprenantes ou de pistes très pertinentes. Ils ont préféré faire leur Une, durant quatre jours, avec une avalanche de détails sans importances, dans le but évident de servir la campagne de José Serra. La tentative s’est vue renforcée par l’édition de Veja qui circule ce week-end.

Débuté mercredi – quelques heures, donc, après le passage du candidat dans les studios de la Globo, à l’occasion d’une interview en direct au Jornal Nacional – le mouvement inclus des attaques flagrantes au droit à l’information, menées par des entreprises qui tirent bénéfices de concessions et de grasses subventions publiques. Tout cela fut, probablement, conçu pour déclencher, à onze jours du vote, l’ultime tentative de victoire du candidat conservateur, dans une dispute où est aussi en jeu, le destin des réserves du Pré-Sal (les dernières découvertes pétrolifères au large des côtes brésiliennes qui pourraient bien faire entrer celui-ci à l’OPEP, au dixième rang des pays exportateurs de pétrole, avec une manne estimée à 100 milliard de barils).

Mais, la force des vieux médias s’est heurtée, à la révolte d’internet. De mercredi à vendredi, les manipulations furent démontées, image par image, par tout un réseau – auto-organisé et informel, mais très puissant – de recherche et de diffusion de la vérité. Des anonymes démontèrent, en faisant preuve d’intelligence et en utilisant leur connaissance, les tentatives de la Globo de fabriquer “l’agression” sur Serra. Des journalistes comme Luís Nassif démontrèrent le caractère partisan des  “reportages” de la Folha. Grâce à Twitter et à Facebook, chaque nouvelle découverte était retransmise instantanément par des milliers de gens, ce qui donnait lieu à de nouvelles investigations.

Au moment où ce texte se termine, l’issue de la bataille n’est pas encore décidée.

La contre-attaque de la blogosphère – renforcée par une intervention courageuse de Lula, dénonçant la farce pro-Serra  (jeudi, 21/10) – a effrayé, temporairement, la Rede Globo, la Folha et jusqu’à la direction de campagne du PSDB. Depuis vendredi soir, jour où se sont répandues les vidéos démentant le Jornal Nacional, les attaques se sont calmées. Le repli, à ce moment de la campagne, peut avoir été fatal à Serra. Après les élections, il sera indispensable d’enquêter sur cet épisode. Selon la mobilisation sociale auquel l’histoire lui fera place, il pourra passer à la postérité sous le nom de GloboGate. Ou comme le moment où le secteur le plus conservateur des élites brésiliennes ont abusé de manière totalement incontrôlée du pouvoir qu’ils exercent sur les médias, au point de provoquer, en réponse, un ample mouvement pour la démocratisation des moyens de communications.


Ce texte est la première partie du Dossier GloboGate. Dans la même série, voir aussi:

2. La bataille de Campo Grande: Mettre en scène un incident grave, et l’attribuer à l’adversaire, est une des manières de changer le résultat d’une élection quasiment perdue. Serra et la Globo semblent avoir tenté cette stratégie, le 20 octobre. Ils furent mis en déroute par des milliers d’internautes  – et par Twitter.

3. Comment préserver son lecteur: Lors d’un cas exemplaire de partisianisme, la Folha et le Jornal Nacional (le 20h de la Globo) ont fait le tri dans des dénonciations en lien avec le secret fiscal. Ils ont mis en avant ce qui les intéressait et ont dissimulé ce qui les compromettait.

Deux articles que je traduirai ultérieurement.

En prime un petit jeu, pour que tout le monde (les millioooooons de visiteurs de ce blog !!) puisse aussi jeter des boules de papier sur la tête à Serra !!!

Le poids des mots

Publié: 26 octobre 2010 dans Politique française

Je suis toujours aussi ébahi (pour ne pas dire perplexe !!) devant le bel ensemble linguistique de notre gentille majorité qui s’occupe si bien de nous. J’en veux pour preuve les phrases chocs (et réitérées inlassablement sur les plateaux télés) produites ces derniers temps et sans doute issues des séances de « brain-storming et des conseils éclairés des pros de la comm’:

– Le « temps démocratique » est passé !! Le peuple (ce mot-la, dans la bouche d’un UMP, ça me fait rire !!), par la voix de ces représentants, s’est exprimé, et a implacablement voté une nouvelle loi qui va contre ses intérêts. Le peuple est bête, et déjà, le général, semait l’idée dans les consciences il y a de cela quelque temps. Donc, le « temps démocratique » est terminé. Soit. Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ??? On va remplir notre réservoir ?? reprendre notre métro ?? et faire comme si rien ne s’était  passé ?? Ce climat d’insurrection, que la droite redoute tant, va-t-il retomber comme un soufflet mal cuit ??

– « A Marseille, les poubelles ne sont toujours pas ramassées ». Pôôôôvres marseillais qui survivent au milieu des rats et des immondices porteurs de germes ?? Je n’ai pu m’empêcher d’éclater de rire hier soir, en écoutant la patronne du MEDEF se lamenter d’un air contrit: Vu d’ici, de Marseille, franchement, moi, ça me dérange pas plus que ça. Je peux supporter les odeurs (qui sont bien pires, en été, lorsque les poubelles sont ramassées tous les jours !!), il fait presque froid, donc, pour les odeurs, faudra repasser dans quelques temps. « Les rats ont envahit la cité », (je note le choix des mots !! c’est beau, c’est lyrique, on dirait le titre d’un bouquin !!) Bon, pas plus que ça et faut venir à Marseille, madame Parisot, des rats, il y en a toujours eu, des odeurs, aussi, c’est une ville du sud et dans une ville du sud, y a des odeurs !!! Et, je le répète, en ce moment, niveau odeurs, ça va très bien, merci. Les seuls qui râlent, en fait, ce sont les commerçants (les clients n’osent plus rentrer dans mon restaurants), les élus (ça nous fait pas d’la bonne pub) et les chefs d’entreprises (je peux plus gagner des sousous, 80 pétroliers sont toujours bloqués dans la rade, y a p’us d’essence et mes commerciaux peuvent p’us circuler)… Bref, que des gens qui voient que leurs pommes, qui s’occupent que de leurs intérêts et qui, tout d’un coup, en appellent à la démocratie, à la liberté et à la défense de leurs droits !!! On croit rêver !!!!

Donc, perso, pour moi, je le répète, les poubelles et les stations d’essence vide ça me dérange pas.

Je suis chômeur à mi-temps, formateur occasionnel, en attente de mission et du bon-vouloir d’hommes politiques qui mettent beaucoup de temps à décider si, ils peuvent donner les moyens à des structures de formations, de mettre en œuvre la loi sur l’immigration qu’ils ont eux-mêmes promulguée: « tout étranger arrivant sur le sol français avec des prétentions à y rester doit pouvoir exprimer clairement dans notre belle langue, tout son amour et son engagement dans les valeurs qui nous sont communes et qui cimentent depuis toujours la cohésion de notre pacte social ». Waouhhh !!! Liberté, mon cul !!! Je milite depuis ma plus tendre enfance pour le droit de chacun, à vivre où il l’entend, sans pour cela, avoir à s’en justifier.

Pour en revenir au titre de cet article, les innombrables débats que l’on nous inflige en ce moment, sont d’une platitude extrême. D’un côté , l’UMP et sa posture de « calmitude » face à la tempête On est dans notre bon droit démocratique, ne soyez pas agressif !!! JE suis dans l’action, moi (ben oui, t’es au gouvernement, je te le rappelle, si t’étais pas dans l’action tu ferais quoi ??) et VOUS ne proposez rien et ne faites que critiquer (ben oui, je suis dans l’opposition, si je critique pas ce avec je suis pas d’accord, je fais quoi ??). Donc, voilà, chacun est dans son bon droit, dans son rôle et le schmilblic n’avance pas. Il faut donc, commencer à penser à d’autres moyens d’actions. Mais lesquels ???

Pleins d’initiatives aux quatre coins du web, tant au Brésil, qu’ici chez nous:

Eleitor 2010, un site créé par deux collaborateurs de Global Voices, à l’occasion des élections présidentielles brésilienne afin de tracer et rapporter toutes les entraves à la démocratie, tous les abus de l’oligarchie et tous les mensonges des médias qui œuvrent, avec un bel ensemble pour soutenir la candidature démocrate (encore le poids des mots, « démocrate », au brésil et au contraire des ‘stats-unis, c’est la droite). Le dernier en date étant une dissection d’un supposé attentat subit par SERRA, le fameux candidat « démocrate ». Il aurait reçu, de la part du camp d’en face, le PT de Lula, une boule de papier sur la tête qui l’aurait amenée à l’hôpital afin d’y subir des examens. Hématomes, scanner etc relayé par les télés (toujours le poids des mots mais là, en plus, le choc des images). Il s’est avéré plus tard, que c’était un montage et cela a été prouvé.

Chez nous, je note la belle initiative de caleb irri sur son blog. King Cantona en avait déjà évoqué les grandes lignes avec son air de pas y toucher et tout le monde a déjà du en entendre parler… Révolution douce ?? Il y des choses à fouiller du côté du net et l’on s’aperçoit qu’il y des gens qui pensent comme nous. On est peut-être plus que ce que les médias veulent bien nous faire croire et sans doute différents de ce qu’ils pensent de nous. Je ne veux pas rentrer dans cette paranoïa-là (on nous cache tout, on nous ment) mais il est évident que peu-être un peu quand même. Mais il ne suffit pas de la dire… il faut le prouver, chercher les infos et les faire suivre…

Donc, NON, le combat n’est pas fini et plus ça va, plus la haine monte entre les deux camps. L’envie de se battre, pas avec des armes ni avec les poings, mais avec les mots et avec la hargne qui nous unit, afin de démonter, point par point, les sournoiseries de la droite.

Présentation

Publié: 25 octobre 2010 dans Non classé

Juste une petite intro, d’abord pour expliquer le titre,  présenter rapidement le propos de ce blog et en justifier le titre.

Faire état de ma perplexité face à l’océan d’incompréhension sur lequel nous naviguons depuis quelques temps. Perplexité face à la situation dans laquelle nous nous trouvons, ici, dans ce beau (et très vieux!) pays de France… mais comme un espoir et en miroir, rapporter aussi ce qui se passe dans cet autre beau (et très jeune!) laboratoire qu’est le Brésil.

Pourquoi le Brésil ??? Je serais tenté de dire: parce que !!! Mais moins abruptement, le Brésil aussi parce que j’y ai vécu quelques années, que ce pays m’a complètement transformé et qu’il est porteur d’espoir. Rapporter ce qu’il s’y passe actuellement, et qui se glisse au travers des mailles de la presse… Traduire, des articles intéressants, faire partager des initiatives citoyennes, prendre exemple, ma foi et ne pas craindre l’avenir… comme on le craint ici, chez nous, en ces temps d’attaques systématiques à nos fondations (Liberté, mon cul, fraternité, mon cul, égalité mon cul dixit Philippe Katerine et il a malheureusement, bien raison).

Je traduis aussi chez Global voices et Autres brésils, que je relaierai sans doute aussi, ici.

Mais bon, vu qu’il se passe des choses aussi dans notre vieille France qui ne laissent pas d’être malgré tout intéressantes, j’ai besoin d’un espace plus perso pour exprimer ce que je n’ai pas réussi à trouver sur le Web, ou pour répercuter ce que j’ai eu la chance d’y rencontrer. Voilà.

 

Les bons et les méchants

Publié: 25 octobre 2010 dans Politique brésilienne
Bon. Et bien il semblerait donc que le destin de ces élections brésilienne se jouent sur l’avortement.
Depuis le début du second tour, l’obscurantisme au pouvoir dans les médias, avec José Serra pour chef de file, attaque lourdement les velléités d’ouverture dans l’accès au droit à l’avortement de toutes les femmes, évoqués tout bas par Dilma Rousseff. De TOUTES les les femmes, car il est évident que pour les ovaires des classes moyennes et supérieures, le problème ne se pose pas, non, mais il se pose pour tous les autres). « Or, il suffit de deux neurones en état de fonctionner pour se rendre compte que la macabre vente aux enchères des ovaires (des ovaires de toutes les femmes brésiliennes) n’est qu’un rideau de fumée destiné à éviter le discours nécessaire, mais que doivent avoir les brésiliens à l’occasion de ce second tour, sur ce que signifie, exactement, élire Dilma Rousseff ou José Serra » dixit Fatima Oliveira, sur le blog Viomundo.
Sur ce thème de l’avortement, la tendance mondiale est, au minimum, une augmentation des permissions légales, qui, au Brésil, sont au nombre de deux depuis 1940: une grossesse résultant d’un viol, ou un risque pour la vie de la mère.  Il est d’ailleurs amusant de relever que c’est le même José Serra, alors Ministre de la santé de Fernando Henrique Cardoso, qui en a imposé les normes techniques afin de l’implanter dans le SUS (Système Unique de Santé, la Sécu, quoi!), puisqu’étant permis, dans les conditions précitées, il n’était pas encore en  vigueur à ce moment-là, il y a donc à peu près 12 ans). Déjà, à ce moment-là, l’église avait osé manifester son désaccord:

« Il est bon de préciser que la légalisation de l’avortement ne signifie pas l’obligation d’avorter, mais juste que la citoyenne qui le décide n’a pas besoin de le faire dans la clandestinité, pratiquant ainsi la désobéissance civile et risquant sa santé voire sa vie. Il est donc du devoir d’un état laïque et démocratique de mettre à la disposition de ses citoyennes les moyens d’accès à un protocole médical sûr ».
Et elle continue de plus belle:
« N’importe qui, disposant encore d’une goutte de lucidité, a le devoir, moral et politique, de ne pas permettre que la scorie fondamentaliste (voir cet article de Libé) de quelque religion que ce soit, qui fait de la religion un enjeu de négociations qui vend Dieu, pratique la pédophilie en restant impuni, et ose encore défendre cette impunité en couvrant les pédophiles depuis toujours, nous entourloupe et défile avec des ovaires sur un plateau, transformant ainsi le choix de qui va présider la République en un plébiscite pour définir lequel dispose de la poigne la plus « ferrugineuse » pour commander le mieux au territoire du corps féminin!
Où est donc la morale de ces gens sans règle (hé, hé!) qui veulent édicter les normes de comportements que suivent leur foi religieuse à l’ensemble de la société, comme si le brésil était leur « communauté religieuse »? Et alors? n’importe quelle religion en terres brésiliennes (comme ailleurs) est tout aussi obligée de respecter les lois nationales, ou non? Donc, ce que certaines multinationales de la religion ont fait durant le processus électoral de 2010 a un nom, cela s’appelle « ingérence étrangère à la souveraineté nationale. Et l’on va laisser faire sans rien dire?
Elle termine en disant:
En 2010, dans notre pays, ce qui est en jeu, c’est aussi lutter pour une démocratie qui soit guidée par une déférence à la liberté reproductive et qui considère la maternité volontaire comme une valeur morale, politique et éthique, et donc respecte et soutient les décisions reproductives des femmes indépendamment de la foi qu’elles professent. Rien à voir avec le choix de qui veut encore dominer le territoire du corps des femmes. Alors, oouuhhh, enlever vos pattes de nos ovaires!
J’aime les cris du cœur comme ça !!! Cris du cœur aussi les témoignages de nombreuses femmes brésiliennes, connues, comme Hebe Camargo, célèbre présentatrice télé, ou moins connues, sur la couverture de Veja, sous le titre « Fiz aborto » j’ai fait un avortement … Les témoignages sont pathétiques et relèvent du Moyen-âge…. C’est pourtant aussi ce Brésil, que j’aime et que je souhaite ardemment voir sortir de l’obscurantisme….
Les chiffres relatifs à l’avortement sont « assustadores », ils font peur. « Toutes les heures, douze femmes entrent dans une clinique dans ce but. Un chiffre de 41% supérieur aux entrées pour cause de cancer du sein ou de l’utérus… »
Mais l’avortement est donc toujours un crime au Brésil (passons sur les déplorables conditions d’hygiènes et les risques pour la vie que cela entraîne) si elle ne s’inscrit pas dans le cadre strict de la fameuse législation de 1940. Dans le cadre du SUS, les femmes victimes de viol peuvent quand même pratiquer le fameux avortement légal. L’église catholiques ainsi que certaines des  bandes évangélistes récriminent pourtant toujours la pratique, indépendamment des circonstances de la fécondations.
L’année passée, à Recife, une fillette de 9 ans, enceinte de jumeaux suite à un viol de son beau-père, a pu réaliser un avortement légal.  À l’époque, l’archevêque d’Olinda et Recife, Dom José Cardoso Sobrinho, avait annoncé l’ex-communion de la fillette, de la mère et des médecins qui s’étaient occupés d’elle. Le violeur, lui, ne fut, bien sûr, pas ex-communié.
Peu de temps après, le président de la Confédération Nationale des Évêques du Brésil (CNBB), Dom Geraldo Lyrio Rocha, annonça que l’intention était d’attirer l’attention sur ce cas notoire mais que l’ex-communication n’était pas une condamnation éternelle.
Ouf !!! On est désormais rassuré !!!
J’en reviens maintenant à José Serra, qui, dans l’espoir de récupérer son retard (d’une dizaine de points selon les sondages), fait des alliances pour le moins douteuses, sur le plan de la morale, du moins de la mienne. En effet, oubliant qu’il fut, non seulement et comme on l’a dit l’instigateur de la re-mise en œuvre (à mimima) de la légalisation sous condition de l’avortement, lorsqu’il était ministre, mais aussi de la mise sur le marché de la « pilule du lendemain », citée à l’époque par toutes les organisations féministes, comme une avancée spectaculaire pour la santé publique (mais toujours décriée par les « ayatollahs » évangélistes et catholiques, se pose, maintenant en défenseur de la morale chrétienne en citant Dilma Rousseff, qui va plus loin dans l’accès à l’avortement, comme une « envoyée du diable ». On croit rêver !!

Voulant apparaître comme un rassembleur, il tente de diviser le peuple brésilien sur le clivage: Les bons, contre l’avortement et pour la vie, et les méchants, pour l’avortement, contre la vie et surtout pour le PT !!!
Et lui, au milieu, sur son trône de président !!!
Manichéisme quand tu nous tiens……..