Lorsque le monde s’écroule autour de vous, qu’en Grèce en Espagne ou au Portugal, les mouvements de révoltes tels que les #occupy everywhere s’intensifient, vous êtes en droit de vous poser la question: et nous alors? Lorsque les mineurs espagnols paralysent Madrid et qu’on assiste à l’agonie des grecs avec un sentiment très clair de soulagement d’être pour l’instant épargné, on est en droit de se demander qu’est-ce qui est arrivé au pays de la révolution permanente et de la contestation perpétuelle.

Il est vrai que les derniers mouvements sociaux sur le thème de l’allongement de la durée de vie professionnellen’ont pas donné les effets escomptés, et une certaine lassitude ou à tout le moins un questionnement sur l’utilité des manifestations est apparu sur les réseaux.

 

Alors? Que se passe-t-il sur la blogosphère française?

On vient d’apprendre, non sans surprise, que la France pouvait désormais emprunter à un taux négatif, c’est à dire que les banquier allaient se mettre à payer pour nous prêter de l’argent!! Mais quel est ce monde qui, dans le même temps, asphyxie grecs, espagnols et portugais en nous accordant ses largesses? Quelle direction veut-on donner à l’Europe et quel est le sens du mot solidarité?


Malgré
quelques exemples: (on peut d’ailleurs signer la pétition de soutien aux mineurs espagnols)

 « Le combat des mineurs en défense de leurs emplois constitue un exemple de lutte, de combativité et d’auto-organisation qui doit être soutenu par l’ensemble de la classe ouvrière, par la gauche et par les mouvements sociaux. L’impact de ce combat est en train de susciter une solidarité qui s’étend à tous les secteurs et dans toutes les régions. Il inspire tous ceux et toutes celles qui luttent en ce moment pour s’opposer aux attaques incessantes contre les droits sociaux et les droits des travailleurs. »

 et:

 « Nous sommes des millions. Le mouvement est suivi dans toute l’Europe avec des manifestations en Grande-Bretagne ou encore en Grèce sous le slogan «People of Europe, Rise Up» (Peuples d’Europe, soulevez-vous !). »


Les gestes semblent bien peu nombreux et le peuple de France ressemble à cet homme tombant du 17è étage d’un immeuble se répétant pour lui-même « jusqu’à présent, tout va bien ». Même si, comme on peut le voir sur le
site de l’en-dehors, l’immeuble est sans doute occupé, par des:

« expulsés, des mal-logés, des énervés, des chômeurs, des précaires, ou des enragés sociaux »…

Si, donc, les manifestation ne servent plus à rien, se heurtant à la rigide réalité de la loi des marchés, que reste-t-il au bas-peuple pour faire entendre sa voix?

Des idées ont bien été lancées il y a quelques temps, par un ex-footballeur, Eric Cantonna, qui proposait que nous allions tous retirer notre argent de la banque afin que le système bancaire tout entier s’écroule. A voir le soulagement affiché par les médias grand-publics et les politiciens de l’époque quand finalement il n’a pas été suivi le jour convenu, il avait sans doute bien touché une corde sensible. L’activiste, Caleb Irri, faisaient aussi des propositions sur son blog: « Quelques pistes pour un grève générale pas comme les autres ».
On assiste en ce moment, à l’affrontement de deux modes de pensée. D’un côté les partisans de l’austérité pour vaincre la crise, représenté par les instances européennes et déjà ressentie par nos amis grecs, espagnols et portugais, de l’autre, ceux de la croissance dont le porte-étendard semble être le nouveau gouvernement français. « Semble », car il faut encore attendre et voir…

Donc, la croissance.


Il n’est, bien entendu, pas question de faire ici, ce que nos analystes politiques font très bien (ou très mal, c’est selon!!), mais plutôt de porter un regard critique sur cette échappatoire que toute l’Europe voit désormais comme la seule porte de sortie à la crise qui renvoie dans la misère une bonne partie de nos concitoyens. Est-il besoin de rappeler le vieil adage « dans un monde fini..la croissance ne peut être infinie » édicté en 1972, déjà, par un groupe d’économiste du MIT, dont les résultat sont connus sous le nom de « 
rapport Meadows » et qui vient d’être réédité en français avec quelques petites adaptations.
La croissance en soi porte des rêves d’égalités sociales tels que l’on peut les attendre d’une société en bonne santé. L’accès à la propiété pour tous, l’accès aux soins, l’accès à l’emploi, bien entendu, et pourquoi pas, l’accès aussi au superflu… à toutes ces belles choses vantées à longueurs d’antennes sur nos écrans préférés. Mais notre société, justement, est-elle en bonne santé? Les choix que nous avons faits sont-ils les bons? Sans même parler des pays émergents qui réclament, et comment pourrait-on leur en nier le droit, l’accès à notre modèle de société si fortement érigé en Nirvana depuis des décennies. Qui sommes-nous pour leur dire aujourd’hui: « non, attendez, on s’est trompé, c’est pas la bonne solution, tout ça nous emmène droit dans le mur !! ». C’est pourtant bien ce que dit Pierre Rabhi, paysan-philosophe et peu soupçonnable de néo-colonialisme, dans cette
longue interview :

« La croissance est un problème, pas une solution, si nous nous accrochons à notre modèle de société, c’est le dépôt de bilan de la planète. Notre modèle de société montre son inadéquation, son incapacité à continuer. Si nous nous y accrochons, ce sera le dépôt de bilan planétaire. Tous les pays émergents veulent vivre à la moderne. Où va-t-on puiser les ressources ? C’est totalement irréaliste. Il y a aujourd’hui à repenser la vie sur un mode qui soit à la fois sobre et puissant. Je crois beaucoup à la puissance de la sobriété. Je ne crois pas à la puissance des comptes en banque. La vraie puissance est dans la capacité d’une communauté humaine à se contenter de peu mais à produire de la joie ».

Alors, la sobriété heureuse


Il s’agit, dès lors, de trouver d’autres solutions, et dans cette « 
sobriété heureuse », les initiatives populaires sont nombreuses. Les « monnaies complémentaires » expérimentées à Toulouse, par exemple, les « Amap », qui peinent pourtant à trouver des clients, les sites d’échanges et de partages qui prolifèrent sur la Toile, en sont quelques exemples. On peut d’ailleurs suivre ce lien pour un agenda complet des alternatives de l’été: tout un programme pour les « objecteurs de croissances » !!


Sur Twitter, le mot-clé
#A.Décroissance est assez prolifique en initiatives tous azymuts:


« 
#occupyfakeDemocracy »

« Des indicateurs alternatifs de « richesse » : lesquels ? et pour quels usages ? »

« Des préfectures autorisent la consommation d’eau potable polluée »


A son niveau, le réseau social des Colibris est aussi une belle idée. Le nom est tiré d’une vieille légende amérindienne dépoussiérée pour l’occasion:


« 
Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit :« Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu !» Et le colibri lui répondit :« Je le sais, mais je fais ma part. »


Le site propose une série de
fiches pratiques:


« 
Se nourrir, se loger, éduquer, se fournir en énergie, se déplacer : découvrez 21 fiches pratiques, des témoignages d’acteurs engagés, pour vous aider étape par étape, à transformer votre territoire. »


Voilà le mot de la fin, chacun, à son petit niveau et avec toutes ses contradiction, peut, comme le colibri, aider à éteindre le feu. L’Europe est en feu? Voyons ce que nous pouvons faire pour l’éteindre.