La semaine où les élites brésiliennes perdirent le nord

Publié: 30 octobre 2010 dans Politique brésilienne
Par Antonio Martins – 26/10/2010
 

Traduit par JuanStD – 30/10/2010

 

Comment les vieux médias (issus de la dictature: la chaine de télévision Rede Globo, le journal Folha de São Paulo, le magazine Véja, en sont quelques-uns des meilleurs exemples) ont manipulé faits et images, dans une ultime tentative de favoriser la victoire de José Serra. Le rôle de la blogosphère dans le démontage de la farce et la nécessité d’une démocratisation radicale des télé-communications au Brésil.

Il reste aujourd’hui bien peu de doutes: tout indique que la vidéo d’une supposée « seconde agression » (Suite à la fameuse boule de papier, il aurait, dans un deuxième temps, reçu sur la tête un rouleau de scotch !!) sur José Serra dans le quartier carioca de Campo Grande (20/10) fut tout aussi manipulée par la Rede Globo. Dénoncée mondialement sur Twitter, vendredi (22/10), suite à l’apparition d’analyses démontrant la fusion falsificatrices des images (la chaine aurait « truqué » les images en fondant deux histoires différentes dans deux endroits différents, à deux moments différents), elle n’a pas cherché à se défendre, au cours des différentes éditions du Journal National qui ont suivies. La veille, son studio de  rédaction paulista fut le lieu d’une scène insolite. Ses propres journalistes sifflèrent « l’édition » des scènes où le candidat du PSDB est atteint par un rouleau de scotch, qui sort de nulle part. (voir le résumé de Rodrigo Vianna et ce lien, du Monde, en français, donc). Dans la nuit qui précéda les dénonciations de fraudes  (23h09 du 22/10), le site de la Globo mis discrètement en ligne une  note de “l’expert” Ricardo Molina. Redigée après que les signes de la fusion frauduleuse des images soit devenues évidentes, le texte a essentiellement pour but d’exempter la chaine de futures investigations sur la falsification. Molina prétend avoir analysé du matériel « trouvé sur internet » (voir l’analyse de CDM, sur le blog de Nassif).

À mesure que se consolide une première certitude, on commence à en percevoir une seconde. La probable manipulation d’images ne fut pas un fait isolé. Elle s’ajoute à un autre sujet qui a fait la Une des journaux télévisés dans les vieux médias cette semaine. Les témoignages du journaliste Amaury Ribeiro, entendu par la Police Fédérale dans le cadre de l’enquête sur la dérogation à la règle du secret fiscal en ce qui concerne Verônica Serra ainsi que d’autres chef de file du PSDB, ont fui dans la presse. Le procès est portant mené à huis-clos. Pourtant, parce qu’ils sont parties prenantes, les avocats de Eduardo Jorge Caldas, ex-trésorier de campagne du parti, ont rédigé une requête en injonction, pour avoir accès aux pièces. Et voilà la source de l’incroyable séquence d’articles publiés à partir du 22/10, à la fois par la Folha de S.Paulo et par le Jornal Nacional.

Dans ce cas, il ne s’agit pas, comme on le verra dans le troisième texte de la série, de manipulation d’images – mais de substitution explicite du journalisme au pamphlet partisan. Grâce à cet accès exclusif au témoignage d’Amaury Ribeiro, la Folha et le JN ont dissimulé à leurs lecteurs toute une série d’informations surprenantes ou de pistes très pertinentes. Ils ont préféré faire leur Une, durant quatre jours, avec une avalanche de détails sans importances, dans le but évident de servir la campagne de José Serra. La tentative s’est vue renforcée par l’édition de Veja qui circule ce week-end.

Débuté mercredi – quelques heures, donc, après le passage du candidat dans les studios de la Globo, à l’occasion d’une interview en direct au Jornal Nacional – le mouvement inclus des attaques flagrantes au droit à l’information, menées par des entreprises qui tirent bénéfices de concessions et de grasses subventions publiques. Tout cela fut, probablement, conçu pour déclencher, à onze jours du vote, l’ultime tentative de victoire du candidat conservateur, dans une dispute où est aussi en jeu, le destin des réserves du Pré-Sal (les dernières découvertes pétrolifères au large des côtes brésiliennes qui pourraient bien faire entrer celui-ci à l’OPEP, au dixième rang des pays exportateurs de pétrole, avec une manne estimée à 100 milliard de barils).

Mais, la force des vieux médias s’est heurtée, à la révolte d’internet. De mercredi à vendredi, les manipulations furent démontées, image par image, par tout un réseau – auto-organisé et informel, mais très puissant – de recherche et de diffusion de la vérité. Des anonymes démontèrent, en faisant preuve d’intelligence et en utilisant leur connaissance, les tentatives de la Globo de fabriquer “l’agression” sur Serra. Des journalistes comme Luís Nassif démontrèrent le caractère partisan des  “reportages” de la Folha. Grâce à Twitter et à Facebook, chaque nouvelle découverte était retransmise instantanément par des milliers de gens, ce qui donnait lieu à de nouvelles investigations.

Au moment où ce texte se termine, l’issue de la bataille n’est pas encore décidée.

La contre-attaque de la blogosphère – renforcée par une intervention courageuse de Lula, dénonçant la farce pro-Serra  (jeudi, 21/10) – a effrayé, temporairement, la Rede Globo, la Folha et jusqu’à la direction de campagne du PSDB. Depuis vendredi soir, jour où se sont répandues les vidéos démentant le Jornal Nacional, les attaques se sont calmées. Le repli, à ce moment de la campagne, peut avoir été fatal à Serra. Après les élections, il sera indispensable d’enquêter sur cet épisode. Selon la mobilisation sociale auquel l’histoire lui fera place, il pourra passer à la postérité sous le nom de GloboGate. Ou comme le moment où le secteur le plus conservateur des élites brésiliennes ont abusé de manière totalement incontrôlée du pouvoir qu’ils exercent sur les médias, au point de provoquer, en réponse, un ample mouvement pour la démocratisation des moyens de communications.


Ce texte est la première partie du Dossier GloboGate. Dans la même série, voir aussi:

2. La bataille de Campo Grande: Mettre en scène un incident grave, et l’attribuer à l’adversaire, est une des manières de changer le résultat d’une élection quasiment perdue. Serra et la Globo semblent avoir tenté cette stratégie, le 20 octobre. Ils furent mis en déroute par des milliers d’internautes  – et par Twitter.

3. Comment préserver son lecteur: Lors d’un cas exemplaire de partisianisme, la Folha et le Jornal Nacional (le 20h de la Globo) ont fait le tri dans des dénonciations en lien avec le secret fiscal. Ils ont mis en avant ce qui les intéressait et ont dissimulé ce qui les compromettait.

Deux articles que je traduirai ultérieurement.

En prime un petit jeu, pour que tout le monde (les millioooooons de visiteurs de ce blog !!) puisse aussi jeter des boules de papier sur la tête à Serra !!!

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